Discours de Abdoulaye Mar Dieye lors de la Conférence Internationale sur la Gestion des Frontières et Communautés Frontalières dans le Sahel

Mar 11, 2016

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

Permettez-moi tout d’abord de remercier le Gouvernent du Mali, d’avoir bien voulu accepter d’abriter, ici à Bamako, la Conférence Internationale sur la Gestion des Frontières et Communautés Frontalières dans le Sahel.

Je voudrais particulièrement remercier le Gouvernement du Japon pour sa généreuse contribution financière à la réalisation des études qui servent de base à cette conférence. Le Japon a toujours fait montre de sa très grande disposition pour ce qui concerne le développement de l’Afrique. La Conférence de Tokyo pour le Développement  de l’Afrique, bien connue sous le sigle TICAD, et qui va célébrer sa sixième édition, en août prochain, à Nairobi, est une illustration de ce grand élan de sympathie  avec ce continent.

Je voudrais aussi remercier tous les partenaires stratégiques, notamment le Centre Henri Dunant pour le Dialogue Humanitaire qui a contribué aux réalisations des études de perception qui vont guider nos travaux.

Je voudrais en particulier magnifier notre partenariat avec le G5 Sahel, la Direction Exécutive du Comité contre le Terrorisme des Nations Unies (UN CTED), le Centre international pour le Développement des politiques migratoires (ICMPD) et ONU Femmes, dans la question relative à la gestion des zones frontalière.

Cette conférence s’inscrit dans la contribution du PNUD à  la mise en œuvre de la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, et plus singulièrement dans les dimensions relatives à la bonne gouvernance, la consolidation  de la paix, la résilience et la sécurité humaine.

Mais l’idée primale de cette Conférence vient de notre  constat que dans la théorie et la pratique du développement il y’a un grand vide conceptuel et empirique sur la question de la gestion optimale des grands  espaces territoriaux.

 

Nous avons voulu combler ce vide.

Mesdames et Messieurs,

Il y a quelques mois nous tenions à Dakar une consultation régionale de haut niveau sur la préparation d’une étude prospective du Sahel. À cette occasion, unique en son genre, nous insistions sur l’importance de mieux comprendre, afin de mieux les anticiper, les causes profondes et structurelles de l’instabilité chronique de cette région.

 

Le Sahel est en effet un grand espace,  complexe, avec des frontières multiples et  des zones frontalières très éloignées des centres de gravite économiques que sont souvent les capitales administratives. Parce qu’étant  des zones périphériques, et de confluence, où l’état de développement est relativement  le plus faible, elles recèlent  en elles-mêmes tous les germes d’incertitude, d’évolution centrifuge, voire de déstabilisation.  

Et l’on se rappelle encore de la mise en garde du philosophe chinois  Lao Tseu, lorsqu’il disait, dans son fameux Livre sur la Voie et la Vertu, que  « les chevaux de guerres naissent sur les frontières ! »

Le Sahel est malheureusement un  théâtre d’illustration de cette mise en garde. Et nous pensons que notre conférence pourrait contribuer à tous les efforts qui sont actuellement menés pour une gestion efficace des zones frontalières et partant contribuer au développement socio-économique,  à la paix et à la sécurité dans la région.

Mesdames et Messieurs,

 

Les «  études de perception des facteurs d’insécurité et d’extrémisme violent dans les régions transfrontaliers du Sahel »  sont une première.

Menées dans les zones frontalières de huit (8) pays de la région, dont les pays du G5 Sahel et trois pays limitrophes (Sénégal, Cameroun, Nigéria), leur premier enjeu était de s’interroger jusqu’à quel point ce qui est défini comme crise, parfois de manière exogène, est également perçu comme tel par les populations sur place mais aussi, lorsque c’est le cas, en quoi un tel diagnostic va de pair avec une redistribution des rôles et l’ouverture de nouvelles opportunités pour certains acteurs à l’échelle locale, nationale ou régionale.

Ce qui est désigné comme « crise » ne renvoie pas seulement à une réalité sociale, mais aussi à un mode de gouvernance de cette réalité. Le second enjeu était ainsi de recueillir la perception sur ces différents dispositifs nationaux et internationaux mis en place d’année en année, ainsi que sur leurs effets, délibérés ou involontaires, non pas seulement à l’endroit des phénomènes qu’ils prétendent officiellement combattre, mais aussi et surtout sur la vie ordinaire des populations.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Les résultats de ces études montrent clairement que si les vecteurs de crise et d’instabilité dans les régions frontalières sont multiples, l’insécurité économique et le sentiment d’exclusion – donc le mode de gouvernance - constituent au Sahel des facteurs dominants. Ces études nous apprennent également que pour la grande majorité des 700 Sahéliens interrogés, la principale source d’insécurité provient des conditions de vie difficile et plus précisément de «  la  pauvreté, de la  misère, de la précarité, de l’inactivité, du chômage et de la marginalisation de la jeunesse ». Par ailleurs, les enquêtes montrent qu’au niveau régional, les principaux facteurs du développement de l’extrémisme sont d’abord économiques,  dépassant de loin les facteurs politiques, sociaux ou religieux.

 

Ces données nous interpellent. Au-delà des perceptions, les résultats de ces études résonnent comme un appel.

 

  • Celui de la nécessité de réduire les inégalités, à travers le développement socio-économique des  régions frontalières,

 

  • Celui d’une gouvernance équitable et concertée de ces zones, jusque-là considérées comme non-gouvernées, pour une meilleure intégration de leurs communautés

 

  • Celui du besoin d’anticiper l’explosion démographique à venir et qui est inévitable, afin de préserver la jeunesse des risques potentiels de basculement vers des mouvements radicaux, risques qui ne sont qu’une conjonction de leur propre vulnérabilité et de la porosité de leur environnement ;

 

Est-il lieu de rappeler que la pauvreté et l’exclusion mènent à toute forme d’extrémisme ?

 

Mesdames et Messieurs,

 

Il y a urgence ! Urgence notamment de construire une coalition large des partenaires nationaux, régionaux et internationaux afin d’élever notre réponse collective à un niveau d’engagement permettant des changements structurels et durables pour une meilleure gestion des espaces frontaliers.

 

Les guerres et les activités criminelles qui se déploient au Sahel n’ont que faire des frontières politiques ou territoriales. Elles font partie de systèmes de conflit qui les transcendent. Dès lors, la construction de la paix ne peut faire l’économie de l’implication forte des configurations régionales capables « d’assouplir » les frontières étatiques. En ce sens, le niveau d’intégration régionale des pays sahéliens sera déterminant.

 

Cependant, si la paix et le développement doivent se construire au niveau supra-étatique, une action urgente doit également être menée au niveau infra-étatique. À cet égard, les communautés frontalières peuvent jouer un rôle déterminant dans la prévention et la résolution des conflits que ne peuvent assumer seuls les Etats et organismes régionaux. En particulier, le développement du commerce transfrontalier constitue un potentiel fort en ce qu’il peut contribuer au renforcement de la confiance et à l’établissement d’interdépendances à travers les frontières.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Depuis l’adoption de la Stratégie Intégrée des Nations Unies pour le Sahel (SINUS), le PNUD s’est investi dans la mise en œuvre de cette stratégie à travers un programme régional pour le Sahel. Ce programme qui couvre un large éventail de thématiques relatives à la gouvernance, la consolidation de la paix, la résilience et la sécurité humaine, accorde une place particulière aux zones frontalières, comme reconnaissance de leur importance stratégique pour la région.

 

Au-delà des études de perception mentionnées précédemment dans mon propos, le PNUD s’est engagé dans la mise en œuvre d’un projet de
« Gestion des frontières et communautés frontalières ». Ce projet, soutenu par un financement du Gouvernement du Japon, en partenariat avec le Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD) et ONU Femmes, est mis en œuvre sous l’égide du G5 Sahel.

 

Il se concentre sur trois zones critiques de la région (zone de  Bassikounou, triangle Liptako-Gourma, Lac Tchad), et propose une approche composée de trois volets complémentaires.

 

Le premier a pour objectif d’instaurer un dialogue avec les pays du G5 Sahel et au-delà, afin de formuler des politiques inclusives des communautés locales dans la gestion des zones frontalières.

 

Le second vise à identifier les besoins en matière de renforcement de capacités des agences frontalières.

 

Enfin, le dernier volet a pour vocation de fournir un soutien initial et immédiat à la sécurité humaine des communautés locales vivant dans les zones frontalières.

 

Mesdames et Messieurs, chers invités,

 

Cette conférence est placée sous les auspices du G5 Sahel et nous nous en réjouissons. Le nexus politique-sécurité-développement qui constitue le point d’équilibre central à l’action du G5 Sahel devra être suffisamment articulé afin de rétablir l’équilibre et la complémentarité entre les investissements dits sécuritaires et ceux du développement à long terme.

 

 

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