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Faire face à la crise dans le bassin du lac Tchad

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En mai dernier, la Commission des affaires étrangères du Sénat des États-Unis a organisé une séance d’information sur la situation au Sahel.

Convié à participer à l’événement, le PNUD a souligné la nécessité de mener une action concertée d’envergure pour faire face à la montée de l’extrémisme violent et proposer des solutions de développement adaptées à cette région touchée par l’insurrection armée de la secte Boko Haram, née dans le nord-est du Nigeria il y a sept ans.

Nous avons identifié un « arc d’instabilité » qui s’étend à travers le Sahel, la Corne de l’Afrique et le bassin du lac Tchad.

Alors que le PNUD et ses partenaires se réunissent à Oslo le 24 février pour prendre part à la troisième Conférence humanitaire internationale, nous avons la ferme intention de nous pencher sur la situation au Nigéria et dans le bassin du lac Tchad avec un sentiment d’urgence accru.

En tant qu’organisation qui fonde son action sur la connaissance du terrain, le PNUD est fermement convaincu qu’une réponse globale est la meilleure approche susceptible de résoudre les crises en cours, tout en tenant compte des besoins spécifiques de chaque pays.

Toute solution viable doit être élaborée sur la base de la reconnaissance du rôle historique joué par le bassin du lac Tchad en tant que carrefour centenaire sur les routes commerciales du Sahel reliant la côte atlantique à la mer Rouge.

Les observateurs admettent volontiers que cette crise a été négligée de façon flagrante. Ses conséquences pourraient affecter l’intégrité sécuritaire, économique, environnementale et institutionnelle du Nigéria, du Cameroun, du Niger et du Tchad.

Boko Haram a déjà fait plus de 35 000 morts et quelque 1,8 million de déplacés dans le nord-est du Nigéria.

Plus de 10,7 millions de personnes ont un besoin urgent d’assistance humanitaire et la famine aurait touché 65 000 âmes. Ce chiffre pourrait s’élever à 120 000 en cours d’année.

Au Cameroun, 200 000 personnes ont été forcées de fuir leur foyer et près de 3 millions d’individus devraient avoir besoin d’aide humanitaire cette année.

Ces facteurs sont aggravés par la tragédie environnementale du lac Tchad. Les variabilités climatiques combinées aux prélèvements d’eau ont entraîné le rétrécissement du lac, dont la superficie a diminué à moins d'un vingtième de sa taille en 1963. Il en résulte des écosystèmes dégradés, des pénuries d’eau, des mauvaises récoltes, des pertes en bétail, une chute des prises de poissons, une augmentation de la salinité des sols et, par conséquent, un accroissement de la pauvreté.

Le PNUD ainsi que les institutions des Nations Unies et les organismes humanitaires présents sur le terrain se trouvent en première ligne de la réponse et ont intensifié leur coordination à cet effet.

Ils ont collectivement fourni une aide efficace et coordonnée en appui au rétablissement du gouvernement et de la population dans le nord-est du Nigéria, notamment au cœur de la région touchée par la crise, à Maiduguri, capitale de l’État de Borno.

La Force multinationale mixte (FMM) mise en place par les pays du bassin du lac Tchad pour combattre Boko Haram a réussi à réduire considérablement les capacités du groupe militant. Néanmoins, les attaques de la secte restent persistantes et sa tactique devient de plus en plus sophistiquée.

Alors que nous nous préparons à nous rencontrer à Oslo, les esprits cyniques pourraient être tentés de dire que ce ne sera qu’une conférence humanitaire de plus. Cette fois-ci, cependant, une approche de statu quo n’est plus de mise.

Le conflit dans le bassin du lac Tchad met en évidence le résultat de nombreuses années de négligence et d’occasions manquées pour le développement, dans une région stratégique dont le modèle économique historique a été perverti pendant la période coloniale.

Pour cette raison, nous devons nous garder de limiter notre réponse aux seules préoccupations humanitaires immédiates.

De même, si nous ne faisons que prêter attention à la dimension sécuritaire de la crise, nous ne pourrons jamais prendre en compte les causes profondes des troubles qui agitent la région.

Les acteurs humanitaires doivent être conscients des préoccupations grandissantes soulevées par la militarisation croissante de l’aide humanitaire, désormais liée aux questions de sécurité. Certains partenaires estiment que cette focalisation sur la lutte contre l’extrémisme se fait au détriment d’autres dimensions du développement, qu’elle est lourde de conséquences en termes de conditionnalité et relègue au deuxième plan les solutions à long terme.   

Aucune organisation n’a suffisamment de moyens pour affronter seule la crise multidimensionnelle dans le bassin du lac Tchad. Nous devons mettre en place une réponse multipartite, en nous appuyant sur notre expertise collective en matière d’engagement politique, de relèvement précoce, de développement socio-économique, d’application de la loi et de conservation.

Pour sa part, le PNUD est prêt à collaborer avec tous les acteurs concernés pour concrétiser cette ambition. 

Cet éditorial est paru initialement dans thisisafricaonline.com