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Nigéria : stabiliser les communautés vulnérables, une condition essentielle pour réduire la dépendance à l’égard de l’aide humanitaire

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La région du bassin du lac Tchad au Nigéria est au bord de la famine. Depuis sept ans, les insurgés de Boko Haram sèment le chaos au sein des communautés locales, provoquant le déplacement des habitants ainsi que des milliers de morts.

Si l’étendue des dégâts est effarante, la situation de vulnérabilité des rescapés est encore plus alarmante. Dans le nord-est du pays, 5,7 millions de personnes, principalement des enfants, ont un besoin urgent de nourriture. Ce nombre va continuer à croître si nous n’agissons pas.

À cause du déficit actuel de financement, l’aide humanitaire dont bénéficient aujourd’hui les victimes va bientôt se tarir, mettant en danger la vie de millions de personnes. Nous devons leur venir en aide immédiatement.

Cette crise met au jour des vulnérabilités anciennes : la pauvreté et l’exclusion, qui ont un effet aggravant. Avant même qu’elle n’éclate, sept personnes sur 10 étaient déjà en situation d’extrême pauvreté. Comme la majorité des deux millions de personnes déplacées a trouvé refuge dans des communautés d’accueil plutôt que des camps prévus à cet effet, le système existant, déjà fragile, est mis à très rude épreuve.

La situation en matière de sécurité ne permet cependant pas à ces personnes de rentrer chez elles. Leurs communautés sont détruites et les combattants de Boko Haram, toujours présents dans la région.

La stabilisation de ces communautés, aussi bien dans les lieux où elles ont trouvé refuge que ceux où elles souhaitent retourner, renforcera leur résilience et contribuera à réduire leur dépendance à l’égard de l’aide humanitaire. Elle constitue une condition nécessaire au retour et va de pair avec le rétablissement des services et des bâtiments essentiels, des moyens de subsistance et de la sécurité, afin de protéger les personnes vulnérables.

Plus de 23 % des ménages des zones touchées sont dirigés par des femmes. C’est pourquoi celles-ci doivent être impliquées dans la prise de décisions pendant la crise et après le retour des autorités locales.

Il faut également garantir la sécurité dans les écoles ainsi que le versement des salaires des enseignants dans les temps. Si plus de 400 000 enfants déplacés reçoivent actuellement un enseignement, les écoles de leurs communautés d’origine doivent être reconstruites pour qu’ils ne soient pas laissés pour compte à leur retour.   

Des emplois décents et des débouchés économiques peuvent également faire reculer la pauvreté et l’insécurité alimentaire chez les populations touchées, qui vivaient à plus de 30 % de l’agriculture, avant que la crise ne paralyse quasiment toutes les activités de subsistance.

Aucune récolte n’a été semée depuis trois ans. Boko Haram a anéanti le commerce local qui assurait aux habitants des revenus vitaux. Le prix des produits essentiels a bondi, et 86 % des ménages dépensent plus qu’ils ne gagnent. Si la création immédiate d’emplois facilite la transition entre l’aide d’urgence et le relèvement, nous devons nous concentrer sur la création de débouchés économiques stables sur le long terme.

Parallèlement, nous œuvrons à faciliter l’instauration d’une relation de confiance entre, d’une part, l’armée et la police, et d’autre part, les populations qu’elles servent.

Des petites communautés confrontées aux attaques de Boko Haram ont constitué des groupes d’autodéfense et des milices civiles. Nous devons à présent faire en sorte qu’elles soient intégrées à des systèmes légitimes ou qu’elles aient accès à d’autres sources de revenus, faute de quoi nous laisserons peser une menace sur la vie des habitants, la paix et la stabilité.

Ce blog est extrait d'un édito paru dans le Los Angeles Times.

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