Selon Ayodele Odusola, gouvernements et secteur privé doivent faire fonds sur les nouvelles opportunités d'investissement qui existent en Afrique. Photo : PNUD Mozambique

Par Ayodele Odusola, Économiste principal et chef de l'Unité Stratégie et analyse du PNUD Afrique

Le meilleur moment pour investir en Afrique, c’est maintenant. Néanmoins, les investisseurs étrangers ne se sont pas tournés vers le continent aussi rapidement que nous l’attendions car les décisions en matière d’investissement étranger sont souvent méthodiquement sur-structurées. L’une des principales raisons avancées est la prise de risque excessif. Pourtant, risques et profits sont inextricablement liés, les projets à risque élevé étant souvent associés à une meilleure rentabilité.

L’Afrique est la région la plus rentable du monde. Un rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement indique qu’entre 2006 et 2011, l’Afrique a enregistré le plus haut taux de rendement des investissements étrangers directs, établi à 11,4 %, contre 9,1 % en Asie et 8,9 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, le chiffre mondial étant de 7,1 %.  Les exemples d’entreprises affichant des profits record sur le continent africain abondent. Ainsi, en 2017, le chiffre d’affaires de Sonatrach issu de la seule exploitation du pétrole et du gaz naturel a atteint les 33,2 milliards de dollars alors que le chiffre d’affaires de MTN Group était d’environ 10 milliards de dollars et celui de Dangote Group de 4,1 milliards de dollars. Divers facteurs contribuent aux perspectives de profitabilité offertes par l’Afrique, qui incitent les entreprises européennes, nord-américaines, asiatiques et latino-américaines à y investir, favorisant de cette manière le progrès économique du continent.

Les perspectives de croissance économique de l’Afrique sont parmi les plus prometteuses au monde. Six des 12 pays à la croissance la plus rapide du monde se trouvent en Afrique (Côte d’Ivoire, Éthiopie, Mozambique, Tanzanie, République démocratique du Congo et Rwanda). De plus, selon le Fonds monétaire international, les perspectives de croissance de l’Afrique devraient être parmi les plus favorables du monde pour la période allant de 2018 à 2023. Ceci est une très bonne nouvelle : les secteurs dans lesquels les entreprises étrangères pourraient avoir un avantage comparatif, tels que les banques, les télécommunications et les infrastructures, comptent parmi les moteurs de la croissance économique actuelle en Afrique et sont assurés de créer des opportunités d’investissement claires pour les entreprises étrangères.

Caractérisée par une population jeune et en croissance rapide qui se démarque de la population vieillissante dans la plupart des autres régions, l’Afrique constitue un formidable marché. La population du continent devrait quadrupler et passer de 1,19 à 4,39 milliards d’habitants entre 2015 et 2100. Rien qu’en 2015, 200 millions d’Africains avaient accédé au marché des biens de consommation. Pour maximiser le potentiel d’un marché de cette envergure en plein essor, il faut engager activement la transformation économique structurelle de l’Afrique.

La population jeune de l’Afrique contribue à l’abondance de sa main-d’œuvre, qui représente l’une des potentialités les plus élevées de la région en termes d’industrialisation à forte intensité de main-d’œuvre et à la baisse des coûts de production, induisant des avantages considérables qui dépassent de loin le coût de la conduite des affaires sur le continent. Le salaire horaire en Afrique est inférieur à 0,50 dollar (0,27 dollar au Mozambique, 0,34 dollar au Nigéria et 1,62 dollar au Maroc) alors qu’il atteint respectivement 10,49 dollars au Royaume-Uni, 7,25 dollars aux États-Unis et 6,57 dollars au Japon. L’engagement d’un plus grand nombre d’entreprises étrangères peut aider à augmenter les taux de salaires en Afrique, améliorer l’efficacité du marché du travail et générer des ressources supplémentaires pour les laissés-pour-compte qui occupent l’extrémité supérieure de l’échelle des âges.

Les importants gisements de ressources naturelles dont regorge l’Afrique offrent un avenir prometteur pour le développement des chaînes de valeur. L’agriculture et les industries extractives sont les piliers des chaînes de valeur nationales, régionales et mondiales. L’Afrique abrite 60 % des terres arables non cultivées dans le monde. En 2015, le continent a produit 13 % du pétrole mondial, contre 9 % en 1998. La croissance tendancielle de la production de pétrole et de gaz naturel entre 1980 et 2012 y a été impressionnante, passant respectivement de 53,4 à 130,3 milliards de barils de pétrole et de 6 000 à 14 500 milliards de mètres cubes de gaz entre 1980 et 2012. En 2012, l’Afrique contrôlait également 53,9 % des ressources mondiales en diamants. En 2017, la République démocratique du Congo comptait à elle seule pour 58 % de la production de cobalt dans le monde (métal entrant dans la fabrication des composants électronique), tandis que l’Afrique du Sud représentait, en 2016, 69,6 % de la production mondiale de platine (métal utilisé pour les convertisseurs catalytiques et autres produits). L’investissement actif dans la valorisation de ces produits, entre autres activités extractives, façonnera les activités économiques mondiales au cours des cinq prochaines décennies.

Enfin, les nouvelles évolutions sur les marchés nationaux accréditent l’idée selon laquelle il est indispensable d’engager activement le programme de transformation économique de l’Afrique. Certains de ces développements portent sur les améliorations liées à la prudence macroéconomique et à la gouvernance globale. Par exemple, l’indice Ibrahim de la gouvernance africaine pour 2017 montre que l’indice de gouvernance global de l’Afrique a augmenté au rythme annuel de 1,4 % depuis 2007, soit une progression de plus de 5 % dans au moins 12 pays, dont la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Rwanda et la Tunisie. Cette amélioration contribue à atténuer les risques que représente le continent tels que perçus par nombre d’investisseurs.

Les gouvernements africains devraient tirer parti de cette tendance positive pour maximiser les investissements étrangers. Il faudrait à cet effet éliminer la corruption, améliorer la sécurité et la sûreté, renforcer l’environnement macroéconomique, investir dans une éducation de qualité et développer les compétences dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation. Tout cela en évitant le syndrome du « nivellement vers le bas », qui accorde des exonérations fiscales et des dérogations inutiles aux sociétés étrangères.

Investir en Afrique est une bonne affaire et une stratégie d’entreprise durable pour les investisseurs étrangers Les gouvernements des pays avancés et émergents et le secteur privé devraient tirer parti de ces opportunités d’investissement naissantes fort rentables. L’utilisation de l’aide publique au développement en vue d’exploiter le climat propice aux investissements sans prise de risque en Afrique est un élément essentiel pour attirer les investissements étrangers directs (IED). L’initiative du japonais Nippon Export and Investment Insurance (NEXI), qui s’est engagé à assurer une installation au Ghana, est un effort louable qui devrait être intensifié et soutenu par d’autres acteurs.

La mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) en Afrique offre des opportunités d’investissement aux entreprises étrangères. Les bons exemples ne manquent pas : la technologie des moustiquaires imprégnées de Sumitomo Chemical aide à lutter contre le paludisme ; la technologie de désalinisation de l’eau de mer mise au point par Sonatrach, JGC et Hitachi accélère l’accès à l’eau potable ; et le Groupe de gestion des risques liés aux produits de base (CRMG) ainsi que l’assurance fondée sur des indices météorologiques de Sompo Japan Niponkoa contribuent à atténuer le changement climatique. En Afrique, chaque ODD propose des solutions commerciales et des opportunités d’investissement aux entreprises étrangères.

Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) travaille de concert avec les gouvernements africains et les acteurs du secteur privé pour réduire les risques et améliorer le climat d’investissement sur le continent. Les efforts menés par le PNUD à cet effet portent notamment sur le développement de stratégies et de groupes industriels, la promotion de zones économiques spéciales, l’amélioration de l’accès à l’énergie, la facilitation des financements innovants, le plaidoyer en faveur du développement des chaînes de valeur à l’échelle des pays et l’appui à la promotion des investissements par le biais de la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique.

Le meilleur moment pour investir en Afrique, c’est assurément maintenant.

 

Ce blog est d'abord paru sur FinancialAfrik.

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