Afrique : mesures à prendre face aux fluctuations conjoncturelles des prix des produits de base

16 mai 2016

Le rapport indique une dépendance aux produits de base, et en particulier aux minéraux et aux carburants, souvent associée à des niveaux élevés de corruption et de conflit. Photo: Le PNUD en RDC

New York  Selon un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), les gouvernements des pays africains devraient mettre en place des règlements financiers, des fonds souverains et d’autres mécanismes pour atténuer les effets de fluctuations conjoncturelles des prix des produits de base.

Le rapport a été présenté le vendredi 13 mai, à New York à la Mission d’Observation Permanente de l’Union africaine auprès des Nations Unies, par Abdoulaye Mar Dieye, Directeur du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD en présence de l’Ambassadeur Tete Antonio, Observateur permanent de l’Union africaine.

« Le principal message de ce rapport est que les gouvernements doivent être plus économes, dépenser moins et de manière plus judicieuse afin de se prémunir contre tout revers économique ou instabilité, tout en misant sur le développement à long terme. À la lumière de notre ambitieux programme continental à l’horizon 2030 et 2063, notre voulons transformer les richesses naturelles en richesses nationales »

Les recettes d’exportation africaines ont sextuplées de 2001 à 2011, et ce grâce à une forte demande des pays à revenu intermédiaire tels que la Chine, le Brésil et l’Inde. Entre 2011 de 2014, sous l’effet d’une baisse abrupte des prix des produits de base, la croissance par habitant - par rapport à celle de la décennie précédente - a diminué de moitié en Afrique.

« C’est comme la fable de la cigale et la fourmi, où la cigale ne fait rien l’été pendant que la fourmi prépare l’hiver. Si les pays n’économisent pas et ne gèrent pas leurs recettes judicieusement en période d’expansion, lorsque les prix des produits de base chutent, il y a très peu d’alternatives aux mesures d’austérité et à un arrêt du développement », a déclaré Ayodele Odusola, Économiste principal du Bureau régional pour l’Afrique.

« Or la tendance a été d’accroître les dépenses en période faste et de procéder à des coupes sombres en période de chute des prix, au lieu de veiller au maintien de niveaux de dépenses constants et durables tout au long du cycle des prix des produits de base », a ajouté M. Odusola.

Par ailleurs, comme l’indique le rapport, la sujétion aux produits de base, et en particulier aux minéraux et aux carburants, est souvent associée à des niveaux élevés de corruption et même de conflit, à l’inégalité de revenu, ainsi qu’à une forte prévalence des maladies, à des taux de mortalité plus élevés et à des inégalités d’accès à l’éducation.

Pour se prémunir contre les revers et leurs implications potentiellement catastrophiques pour le développement, les pays disposent d’un certain nombre d’options et peuvent instaurer des mesures qui renforceront progressivement la croissance économique et le développement dans le long terme. Les fonds souverains, par exemple, peuvent accroître l’épargne pour les générations futures et être utilisés pour gérer judicieusement les investissements dans la durée. Pour ce faire, toutefois, les fonds souverains doivent viser simultanément à la stabilisation et à l’épargne dans le long terme.

Au nombre des autres mesures possibles figurent des politiques fiscales, de taux de change et monétaires favorables à un accroissement de l’épargne, de manière à ce que des ressources suffisantes soient disponibles pour maintenir les dépenses à un niveau constant lors de la chute des prix des produits de base.

Le rapport propose des analyses détaillées de l’impact du cycle des produits de base sur dix pays africains (en anglais) dépendants de ces produits qui sont parvenus à atténuer l’impact des baisses de prix des produits de base sur leur économie.

Au Botswana, par exemple, le fond souverain (Pula Fund) a mené à une meilleure gestion macro-économique et à une croissance rapide, et il semble être associé à une amélioration de la gouvernance et de la qualité des institutions.

Au Nigéria, la politique relative au contenu local est axée sur l’emploi délibéré et le renforcement des capacités nigérianes, humaines et financières, visant à relier le secteur des hydrocarbures au reste de l’économie.

En Éthiopie, la politique fiscale a induit une accélération de la perception des impôts ainsi qu’à un accroissement des dépenses pour les pauvres, y inclus dans l’infrastructure physique.

Le Ghana a instauré des mesures pour que son Office national du cacao (Cocobod) émette des obligations pour l’énergie et le cacao afin de financer ses besoins en capitaux et en infrastructure.

Les produits de base représentant plus de 60 % des exportations de marchandises de 28 des 38 pays d’Afrique pour lesquels des données récentes sont disponibles, le rapport préconise une diversification à long terme afin d’atténuer les risques et jeter les bases d’une transformation structurelle véritable et durable.

Vous pouvez consulter le rapport ici. La version française sera publiée prochainement.

Pour plus d’informations veuillez contacter :

Ayodele Odusola, Économiste principal, ayodele.odusola@undp.org

Lamine Bal, Chargé de la communication,lamine.bal@undp.org