Remarques introductives de Abdoulaye Mar Dieye lors de la présentation du Rapport sur le déveleloppement humain en Afrique 2016 à New York

15 nov. 2016

 

Cérémonie de lancement de New York

Mission permanente de l’Union africaine
auprès des Nations Unies

New York, Mardi 15 Novembre 2016

Remarques introductives

Par Abdoulaye Mar DIEYE,


Directeur régional du Bureau du PNUD pour l’Afrique

Excellence Monsieur le Représentant permanent du Botswana auprès des Nations Unies, et Président du Groupe africain du mois,

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L’égalité des genres n’est pas une priorité de développement nouvelle pour les pays d’Afrique. Son importance est reconnue depuis longtemps. Déjà en 2004, les Chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine lançaient une Déclaration solennelle, avec l’engagement de faire de l'égalité des genres une question de très haute primauté. Et depuis, chaque année, la question du genre est au centre de la préoccupation des leaders du continent. En 2016, l’Union africaine a déclaré que cette année sera l’année des droits humains, avec un accent tout particulier sur les droits des femmes, tandis que 2015 était celle de l’autonomisation des femmes dans le processus de développement. C’est dire l’attention soutenue que les leaders du continent accordent à cette question primordiale.

L’édition 2016 du Rapport du PNUD sur le Développement humain  pour la Région Afrique, et qui porte sur l’« Accélération des progrès en faveur de l’égalité des genres et de l’automatisation des femmes en Afrique » s’inscrit dans cette dynamique de maintenir toujours très haut « la question du genre » dans l’agenda de développement de l’Afrique.

Comme le montre le Rapport, il y a eu des progrès ! Les femmes bénéficient désormais d’une visibilité nettement plus accrue dans la politique africaine et commencent à faire évoluer l’agenda politique de leur pays. Quatorze pays africains dépassent le cap décisif de 30% de représentation féminine au parlement national, prônée par le Plan d’Action de Beijing. Le taux de participation des femmes dans l’économie augmente. Et on enregistre, aujourd’hui, une parité totale au niveau de la scolarisation dans l’éducation primaire.

Mais l’égalité des genres demeure, aujourd’hui, un agenda inachevé. Il y a encore des contraintes dirimantes qui ralentissent la pleine éclosion du potentiel de la dimension genre. Elles tiennent beaucoup du caractère inhibiteur de certaines normes ou pratiques socio-culturelles. Toutes les sociétés, dans les pays développés comme dans les pays en développement ont, dans une certaine mesure, créé des stéréotypes qui influencent les relations quotidiennes entre hommes et femmes, à la maison, à l’école, au sein de la communauté et dans les lieux de travail. Et l’Afrique n’y échappe pas. Il faut déconstruire ces normes ; il faut briser le silence social et le silence institutionnel, qui en se conjuguant, perpétuent une violence systémique à l’encontre des femmes. Par exemple, les mariages précoces volent à nos filles la précieuse opportunité de terminer leurs classes secondaires et ont un impact désastreux sur la mortalité maternelle ; les mutilations génitales leur prennent leur dignité ! Les contraintes sociales liées à l’accès au capital foncier, à la gestion des actifs économiques et environnementaux, et la faiblesse d’opportunité à l’accès au capital financier annihilent le potentiel contributif des femmes au processus de développement.

Ces contraintes contribuent à la difficulté de réduire l’écart entre les genres, qui aujourd’hui, rien qu’au niveau du marché du travail, coûte à l’Afrique subsaharienne, selon le Rapport du PNUD,
95 milliards de dollars en moyenne annuelle au cours des dernières années, soit 6 % de son PIB.

Or donc, réduire l’écart genre, au-delà d’être un droit humain, est un impératif catégorique pour le développement et l’émergence de l’Afrique !

Le Rapport du PNUD propose un plan d’action pour accélérer l’égalité des genres. Ce plan inclut, notamment, (i) l’adoption du principe de l’égalité des genres comme prisme stratégique devant structurer l’élaboration et la mise en œuvre des politiques de développement, y compris les politiques macroéconomiques, notamment les politiques budgétaires et fiscales ; (ii) l’inversion des normes sociales préjudiciables à la réalisation du plein potentiel économique, politique et social des femmes ; (iii) la mise en place d’un système rigoureux de collecte et d’analyse des données pour le suivi et la mise en œuvre des politiques en matière de genre ; (iv) la mise en œuvre de normes de certification (label égalité des genres) dans les entreprises publiques et privées ; et (v) l’ouverture de guichets spéciaux d’investissement  à l’usage des femmes dans les banques de développement nationales et régionales. 

Ce Rapport vous sera présenté tout à l’heure par ma collègue Angela Lusigi, Conseillère en stratégie de développement au Bureau du PNUD Afrique, et auteure principale du Rapport.

Ce Rapport est novateur et fondateur en ce sens qu’il nous rappelle, tout en se focalisant sur la question du genre, mais au-delà de la question du genre, qu’on ne peut pas faire de la politique économique efficace sans tenir compte de l’économie politique du milieu, c’est à dire les lois, les institutions, les us et coutumes et les rapports de force et de pouvoir. Et c’est en agissant de façon symbiotique sur la politique économique et sur l’économie politique que l’on peut trouver le sentier d’un développement humain et durable, juste et équilibré.

Telle est pour moi la grande réflexion de ce rapport ! Un rapport qui a été réalisé avec la participation financière généreuse du Gouvernement du Japon et de OSIWA (Open Society Initiative for West Africa), la contribution technique de la Commission de l’Union africaine, d’ONU-Femmes et d’un comité consultatif d’experts indépendants, l’orientation technique de notre Économiste en chef, Ayodele Odusola et la contribution stratégique de Selim Jahan, Directeur du Bureau du PNUD en charge du Rapport sur le développement humain.

Je voudrais ici leur témoigner toute notre reconnaissance et toute notre gratitude.

Je vous remercie et j’invite à présent Madame Lusigi à faire la présentation du Rapport.