Déclaration de Abdoulaye Mar Dieye lors de la Dix-huitième réunion du Mécanisme régional de coordination pour l’Afrique

25 mars 2017

Dix-huitième réunion du Mécanisme régional de coordination pour l’Afrique

Première réunion conjointe du MRC-Afrique et du Groupe des Nations Unies pour le développement

Appui du système des Nations Unies pour exploiter le dividende démographique grâce à des investissements dans la jeunesse

Dakar, le 25 mars 2017

 

Excellences,

Mesdames et messieurs,

Je me réjouis de participer à cette toute première réunion conjointe du Mécanisme de coordination régionale (MCR) et du Groupe des Nations Unies pour le développement (GNUD) dans la région Afrique, qui sert de plate-forme aux Nations Unies et à l’Union africaine pout débattre des priorités du continent en matière de développement.

L’évènement de cette année, qui a pour thème « Appui du système des Nations Unies pour exploiter le dividende démographique grâce à des investissements dans la jeunesse », est assurément fort opportun. En effet, l’Afrique, qui compte la population la plus jeune au monde, s’est résolument engagée en faveur de la mise en œuvre pleine et complète de la feuille de route de l’Union africaine sur le dividende démographique.

Il s’agit aussi d’une occasion unique pour le système des Nations Unies de mettre en œuvre l’approche prônée par le Secrétaire général sur la « Nouvelle façon de travailler ». Cette démarche s’inspire de l’appel lancé dans le cadre de l’Examen quadriennal complet des activités opérationnelles de développement du système des Nations Unies (QCPR) récemment adopté, qui vise à travailler de façon intégrée, cohérente et coordonnée, avec tous les partenaires concernés, en vue d’appuyer la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).

Nous sommes extrêmement chanceux d’avoir les astres harmonieusement alignées sur le continent. Comme le montre une récente étude du PNUD, les trois principaux cadres stratégiques, à savoir le Programme de développement durable à l’horizon 2030, l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les « Cinq grandes priorités » de la Banque africaine de développement (High-Five en anglais) sont en parfaite congruence. Ainsi, nous disposons d’un espace clairement défini et délimité pour nous guider dans la mise en œuvre stratégique et programmatique d’une manière de travailler intégrée, cohérente et coordonnée.

Il convient de noter qu’au cœur de la congruence de ces trois grands cadres stratégiques, se trouve la question de la dynamique démographique. En effet, celle-ci constitue, à travers ses multiples dimensions, le paramètre le plus critique pour déterminer la voie à long terme du développement et sa durabilité, ainsi que l’état de paix et de sécurité.

L’Union africaine doit donc être félicitée pour avoir adopté la Charte africaine de la jeunesse en 2006, pour avoir proclamé 2009-2018 comme la Décennie africaine de la jeunesse et pour consacrer le thème de cette année 2017 à la question cruciale qui consiste à « exploiter le dividende démographique grâce à des investissements dans la jeunesse ».

Investir dans la jeunesse n’est pas seulement un impératif des droits de l’homme. C’est aussi une condition sine qua non pour le développement durable, la paix et la sécurité.

Mesdames et messieurs,

D’ici la fin de la journée, au terme de nos réunions, près de 33 000 jeunes africains nouvellement débarqués sur le marché du travail seront à la recherche d’un emploi (il en va de même toutes 24 heures) ; et malheureusement, nombre d’entre eux finiront par rejoindre l’armée moralement inacceptable des chômeurs ! Et 60 % de cette armée est désormais composée de jeunes. C’est une bombe à retardement effrayante !

C’est la réalité à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. En termes simples, il s’agit d’un déni des droits de l’homme, d’un mauvais calcul du point de vue économique, d’un danger qui plane sur notre avenir collectif et d’une menace pour notre existence actuelle !

Dans ce contexte, notre réunion d’aujourd’hui est une occasion très utile qui s’offre à nous pour nous appuyer sur le dynamisme entraînant de la feuille de route de l’Union africaine afin de franchir une étape audacieuse, qui va au-delà de la rhétorique habituelle.

En effet, le thème qui nous occupe aujourd’hui a été maintes et maintes fois examiné et débattu. Il est grand temps de passer à l’action.

Il est vrai, comme le préconisent les théories économiques classiques, qu’une croissance économique forte et inclusive est de nature à stimuler l’emploi, y compris celui des jeunes. Mais cela risque de prendre du temps.

Pourtant, il est tout aussi vrai qu’un programme d’investissement en faveur des jeunes, conçu de manière adaptée et activement mis en œuvre peut créer une voie de croissance économique robuste, stable et inclusive, et stimuler la transformation économique structurelle du continent. C’est de toute évidence la voie à suivre.

Nous devons faire preuve de prévoyance. Nous devons faire montre de volonté. Nous devons agir avec un sentiment d’urgence. Nous devons avancer avec une détermination empreinte de pragmatisme.

Si 60 % de notre population est aujourd’hui composée de jeunes de moins de 25 ans et que la jeunesse est effectivement l’un de nos plus grands atouts, les principes de « l’équité » et du « retour sur investissement » exigeraient que nous consacrions des ressources publiques et privées considérables au développement de la jeunesse et à l’investissement en faveur des jeunes.

Dans cet esprit, j’aimerais que nous examinions au cours de notre réunion les 10 points d’action suivants, qui peuvent également servir de plate-forme pour guider l’appui cohérent de l’ONU à la feuille de route de l’Union africaine, sous la direction opérationnelle du Fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population (UNFPA) :

  1. Engager les gouvernements à consacrer un pourcentage important du budget de l’État aux programmes destinés à la jeunesse.

  2. Établir des banques d’investissement pour les jeunes et des guichets exclusivement consacrés à l’investissement pour les jeunes dans les banques de développement ; et intensifier les initiatives telles que « Boost Africa », le programme conjoint de la Banque africaine de développement et de la Banque européenne d’investissement, qui soutient la création de start-ups et de PME innovantes et hautement évolutives.

  3. Promouvoir les programmes de développement de l’esprit d’entreprise chez les jeunes, couplés aux mesures de renforcement des compétences, et introduire les jeunes entrepreneurs aux possibilités de financement, aux investisseurs, à la technologie et au savoir-faire. Le programme service national des jeunes au Nigeria est un bon exemple de cette démarche et mérite, à ce titre, d’être mis en avant.

  4. Encourager les gouvernements à accorder aux entreprises du secteur privé des mesures incitatives pour les amener à favoriser l’emploi des jeunes, notamment en facilitant l’entrée de ceux-ci sur le marché du travail.

  5. Lancer de vastes programmes d’investissement en faveur des jeunes dans les zones rurales. L’Initiative Songhaï au Bénin est un exemple réussi qui doit être mis à l’échelle et imité.

  6. Affecter une part importante des fonds souverains aux programmes pour la jeunesse. Au Brésil, par exemple, une loi a été adoptée qui prévoit d’allouer 75 % des redevances dues au titre des nouveaux contrats d’exploration pétrolière à l’éducation.

  7. Promouvoir la participation politique des jeunes en fixant un pourcentage minimal de jeunes dans les organes de décision, y compris au sein des gouvernements et des parlements. Un rapport récent de l’Union interparlementaire (UIP) révèle qu’à un moment où les jeunes sont plus nombreux que jamais au sein de la population mondiale, ils continuent d’être chroniquement sous-représentés dans les processus décisionnels. Environ 1,5% seulement des parlementaires africains ont moins de 30 ans, contre une moyenne mondiale déjà basse de 2 %.

  8. Créer un portail sur l’entrepreneuriat pour les jeunes en Afrique afin de mettre en relation les jeunes innovateurs et entrepreneurs avec des mentors, et leur offrir des possibilités d’apprentissage et des opportunités de financement. Le programme YouthConnekt au Rwanda est un bon exemple dans ce domaine. Il a été fructueux en offrant aux jeunes la possibilité de créer des liens avec leurs pairs et leurs modèles, de développer leurs compétences, et d’accéder au financement et à l’entreprenariat. En seulement 3 ans, le camp d’entraînement de YouthConnekt a suscité la création de près de 1 000 emplois permanents et de 2 700 emplois temporaires.

  9. Soutenir la mise en place de « marqueurs de la jeunesse » dans les dépenses publiques et examiner systématiquement les dépenses du secteur publique afin de déterminer si celles-ci sont « sensibles aux besoins des jeunes ».

  10. Appuyer la cartographie et le partage des bonnes pratiques en matière d’investissement pour les jeunes et de programmes de développement des jeunes, tant en Afrique qu’à l’extérieur.

Je suis convaincu que notre réunion de Dakar permettra d’enrichir notre réservoir d’idées en suggestions plus concrètes sur la façon dont nous pouvons passer de la rhétorique à l’action. Pour exploiter le dividende démographique et transformer le potentiel des jeunes en moteur du développement, il convient d’agir avec un sentiment d’urgence et un pragmatisme constructif.

Je vous remercie pour votre attention.