Discours liminaire de Ruby Sandhu-Rojon sur l’accélération de la transformation structurelle et le progrès humain en Afrique lors de la Réunion de suivi de la TICAD VI

10 avr. 2017

Réunion de suivi de la TICAD VI « Réaliser les ODD en Afrique dans le cadre d’une transformation structurelle »

Siège des Nations Unies, New York

10 avril 2017

Discours liminaire sur l’accélération de la transformation structurelle et le progrès humain en Afrique par Mme Ruby Sandhu-Rojon, Directrice adjointe du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique

 

Excellences,

Honorables invités,

Chers collègues des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs,

 

C’est pour moi un grand plaisir et un honneur que d’ouvrir cette réunion de suivi de la sixième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD VI) sur le thème « Réaliser les ODD en Afrique dans le cadre d’une transformation structurelle ». Cet événement est organisé conjointement par le Gouvernement du Japon, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’université Columbia.

Cette discussion intervient à point nommé, alors que l’Afrique se prépare à honorer les engagements pris dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, un programme mondial qui vise, d’ici 2030, à « ne laisser personne de côté » ainsi que de l’Agenda 2063 pour l’Afrique, qui a pour objectif premier de mettre en œuvre la vision d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens, et représentant une force dynamique sur la scène internationale ». Tous deux s’attachent à éradiquer la pauvreté et la faim, à combattre les inégalités et les discriminations, à s’attaquer aux changements climatiques et à promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives en vue de parvenir à un développement durable.

Excellences, Mesdames et Messieurs, ces objectifs ne pourront être atteints sans un engagement fort en faveur d’une transformation économique structurelle. Nous savons tous que la transformation structurelle par la diversification économique et par l’accélération de l’industrialisation joue un rôle essentiel pour élargir les choix et des perspectives qui s’offrent aux hommes et aux femmes, tous âges confondus. Pour y parvenir, la diversification des économies africaines apparaît comme une condition nécessaire. Il importe également que la croissance soit inclusive et qu’elle crée des emplois salariés pour les jeunes Africains ainsi que des moyens de subsistance pour les groupes marginalisés et les zones géographiques éloignées. Par ailleurs, cette transformation des économies suppose impérativement que les citoyens soient en bonne santé, avertis et capables de jouer pleinement leur rôle.

Depuis 2000, l’Afrique a accompli des progrès remarquables en matière de croissance, notamment l’Afrique subsaharienne, qui a enregistré un taux supérieur à la plupart des autres régions. Malgré le ralentissement de l’économie mondiale amorcé en 2007, les économies africaines comptent toujours parmi celles qui connaissent la croissance la plus rapide au monde. Les 10 économies africaines enregistrant la plus forte progression ont vu en 2016 leur revenu national croître de 5 à 8,5 %, comparé à une moyenne mondiale de 3,2 %. Pourtant, le bien-être des Africains et notamment celui des plus vulnérables comme les jeunes et les femmes, représente toujours un défi. Si le continent a commencé à combler son retard sur le plan du développement humain, la pauvreté et les inégalités demeurent très élevées par rapport au reste du monde.

Dans ce contexte, l’essentiel de mon intervention d’aujourd’hui portera sur la mise à profit des possibilités existantes pour accélérer la transformation structurelle et le progrès humain dans le cadre d’une industrialisation inclusive et durable, à la lumière des recommandations stratégiques identifiées lors de la TICAD VI, qui s’est tenue à Nairobi en août 2016.  

Progresser sur la voie du développement humain grâce aux avancées économiques, sociales et en matière de gouvernance :

Le rapport mondial sur le développement humain du PNUD présenté le 21 mars dernier à Stockholm indique clairement que l’Afrique progresse sur le plan du développement humain. Depuis 15 ans, le taux de croissance de l’indice de développement humain du continent dépasse la moyenne mondiale. Entre 1990 et 2015, il a ainsi augmenté à un rythme deux fois supérieur à la moyenne mondiale dans les pays d’Afrique subsaharienne, où l’espérance de vie a enregistré un bond de six ans et où le taux de mortalité des enfants moins de cinq ans a reculé de plus de 50 %. L’Afrique subsaharienne, où 12 % des adultes détiennent un compte bancaire mobile (contre 2 % à l’échelle de la planète), est la championne mondiale des services bancaires mobiles. L’utilisation de la téléphonie mobile y a également progressé de 344 % entre 2007 et 2016, contre 107 % pour le reste du monde.

Ces avancées sont le fait de l’amélioration de la croissance économique que j’ai évoquée précédemment. À cela s’ajoutent une meilleure gouvernance et des conflits de grande envergure de moins en moins nombreux. Quelque 70 % des Africains vivent actuellement dans un pays où la gouvernance s’est améliorée entre 2006 et 2015. Sur la même période, 37 pays ont vu leur note globale de gouvernance grimper sur le plan du développement humain, de la participation et des droits de l’homme, mais aussi des perspectives économiques durables. 

Pourtant, de nombreuses personnes sont actuellement laissées de côté :

En dépit des progrès accomplis, les pays africains continuent d’afficher la répartition la plus inégalitaire au monde sur le plan des acquis du développement. Les femmes, les filles, les habitants des zones rurales, les migrants, les réfugiés et les populations des régions touchées par les conflits y sont systématiquement laissés pour compte. L’inégalité entre les genres reste un défi majeur pour le développement humain dans la région.

Près de 60 % de la population africaine pâtit toujours de privations au niveau de la santé, de l’éducation et de leurs conditions de vie, tandis qu’un tiers des enfants de moins de cinq ans est atteint de malnutrition ou d’un retard de croissance. Plus de 35 % des adultes sont illettrés et quelque 70 % des travailleurs adultes gagnent moins de 3,1 dollars US par jour.

Certains groupes sont plus désavantagés que d’autres. Les femmes et les filles, les ruraux, les personnes vivant dans les zones touchées par les conflits et les minorités ethniques ont moins de possibilités que les autres. Si les femmes d’Afrique subsaharienne vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, leur niveau de scolarité et leurs revenus restent inférieurs, et leur niveau de développement humain n’atteint que 88 % de celui des hommes. En moyenne, le manque à gagner annuel pour la région du fait de la plus faible participation des femmes sur le marché du travail représenterait 95 milliards de dollars. En 2014, ce chiffre s’élevait à un niveau record de 105 milliards, soit 6 % du PIB du continent.

L’Afrique doit donc accélérer les progrès économiques et sociaux de manière équitable :

Les pays africains tirent les leçons amères de la dépendance excessive à l’égard des produits de base. La baisse des cours observée ces dernières années a pénalisé la croissance économique, avec de graves conséquences budgétaires et sociales. Le renforcement de la résilience face aux chocs provoqués par les fluctuations des cours des produits de base passe par une plus grande diversification de l’économie et des exportations, ainsi que par l’industrialisation. Tel est l’un des principaux enseignements de la deuxième édition de la Conférence internationale sur l’émergence de l’Afrique organisée à Abidjan il y a deux semaines.    

Les conclusions fructueuses de la TICAD VI ont mis, quant à elles, l’accent sur la nécessité d’actions conjointes de la part des gouvernements, du secteur privé et des acteurs du développement, ainsi que celle d’un renforcement de la coopération Sud-Sud et trilatérale. L’objectif est d’améliorer la productivité et de favoriser l’innovation, de promouvoir la collaboration régionale pour le développement d’infrastructures résilientes et l’approvisionnement énergétique, d’investir dans la valorisation du capital humain ainsi que dans des institutions transparentes et responsables.

À la lumière des résultats de la TICAD VI et de la deuxième Conférence internationale sur l’émergence, ainsi que des récents enseignements liés au contexte de développement du continent, je souhaite attirer l’attention sur cinq mesures stratégiques clés pour accélérer la transformation structurelle et le progrès humain durable en Afrique.    

Premièrement, promouvoir les secteurs où le continent bénéficie d’un avantage comparatif, comme les industries extractives, et soutenir des secteurs clés comme l’agriculture, qui emploie la majorité de la population. L’accroissement de la productivité agricole aurait des retombées positives à trois titres, dans la mesure où elle conduirait à une sécurité alimentaire durable, à des avancées en matière de développement humain et à un allègement de la pression sur l’eau et les sols. La transformation agricole demeure un puissant moteur de la diversification économique, de l’industrialisation et du progrès humain grâce à son incidence sur les revenus des ménages, l’emploi et le bien-être des populations. 

Deuxièmement, mettre en œuvre des stratégies intégrées et des partenariats étendus afin de renforcer les institutions, de lever les obstacles réglementaires (y compris les obstacles liés à la corruption) et d’offrir une protection adéquate aux investisseurs comme aux travailleurs. Cela aurait pour effet d’atténuer l’instabilité macroéconomique et politique, de favoriser un environnement concurrentiel pour les industries locales, d’accroître les investissements nationaux et étrangers, tout en ouvrant l’accès à des financements à long terme.  

Troisièmement, donner la priorité aux infrastructures économiques et sociales, notamment s’agissant de la protection sociale, afin de construire un avenir plus durable et inclusif. Cela permettra de pallier les déficits actuels en matière d’énergie et d’infrastructures, ainsi que le manque d’accès à la protection sociale et aux services, qui limite la résilience face aux chocs économiques, sociaux, politiques et environnementaux.

Quatrièmement, favoriser l’acquisition de compétences adaptées en développant un enseignement de qualité, une formation professionnelle et technique, ainsi que l’esprit d’entreprise. La réalisation de cet objectif passe par des mesures éducatives ciblant les jeunes non scolarisés ainsi que par un appui intégré aux jeunes entrepreneurs, et notamment par des services de développement et d’incubation d’entreprises encourageant l’innovation et la croissance. La mise en adéquation du système éducatif avec la réalité du marché du travail est essentielle pour la promotion des dividendes démocratiques en Afrique.

Enfin, inclure et autonomiser les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables comme les personnes handicapées, les jeunes issus des communautés rurales et des bidonvilles, et les jeunes femmes. La part des filles et des femmes de 15 à 24 ans dans la population active ne s’élève ainsi qu’à 51 %. Le Rapport mondial sur le développement humain en Afrique 2016, préparé avec le généreux soutien du Japon, fournit un cadre utile pour accélérer les progrès vers l’égalité entre les genres et l’autonomisation des femmes à travers des investissements dans les entreprises gérées par des femmes ainsi que la mobilisation des secteurs public et privé en vue de lever les obstacles à leur avancement professionnel.  

Conclusion :

En conclusion, je souhaiterais souligner que le travail du PNUD en Afrique, notamment grâce à l’appui substantiel du Japon, vise à rendre la transformation économique, sociale et politique plus inclusive et durable. Cela suppose de mettre utilement à profit les moyens humains existants et de gérer la manne des ressources naturelles conformément à l’intérêt général. Nous travaillons avec nos partenaires nationaux et internationaux pour renforcer l’autonomie des personnes les plus marginalisées de la société et leur donner plus de poids dans la prise de décisions. La TICAD VI a quant à elle articulé les impératifs de la transformation structurelle et de l’industrialisation en vue de parvenir à un développement inclusif et durable sur le continent.

Le PNUD est déterminé à continuer à œuvrer pour la promotion d’une croissance économique et d’une gouvernance à la fois inclusives et durables, tout en mettant un terme à la dégradation de l’environnement et en renforçant la résilience des populations face aux chocs, dans le cadre de ses efforts pour favoriser une plus grande égalité et libérer pleinement le potentiel des femmes et des jeunes en vue de construire « l’Afrique que nous voulons ».

Nous sommes également résolus à collaborer avec les Gouvernements du Japon et des pays africains pour mettre intégralement en œuvre les mesures prioritaires de la TICAD VI afin d’accélérer la transformation économique et le développement humain sur le continent.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite des délibérations fructueuses.