Déclaration de Abdoulaye Mar Dieye lors de la Réception d'adieu de Helen Clark

18 avr. 2017

J’ai assisté ces derniers temps à toute une série de fêtes d’adieux organisées pour saluer le départ de Helen Clark. J’ai entendu un grand nombre de témoignages sur ses compétences en leadership, son sens politique et son remarquable côté humain.

Ce n’est pas étonnant que Forbes l’ait désignée comme la 22ème femme la plus puissante du monde !

Mon témoignage aujourd’hui porte sur sa contribution à la théorie et à la pratique du développement.

Vous vous souvenez sans doute que Helen a rejoint les Nations Unies en avril 2009, au lendemain de la crise financière de 2007-2008, la pire que le monde ait connu depuis la Grande dépression de 1930. Considérée comme un échec de « l’économie moderne » cette crise a donné naissance à une nouvelle école de pensée, que l’on a précisément appelée la « Nouvelle pensée économique », qui puise à la source de la pensée économique classique habituelle tout en y insérant des disciplines telles que la politique, la sociologie, la psychologie et la philosophie et en tenant compte de dimensions aussi diverses que l’éthique, les incertitudes les risques et la résilience. Le « mouvement de la nouvelle économie » naissant affirme que l’ensemble du système économique doit être radicalement restructuré si l’on veut atteindre les objectifs sociaux et environnementaux essentiels.

Helen a été un précurseur de cette école de pensée. Elle en a clairement défini les contours lors d’une interview accordée le 14 janvier 2011 à un journal australien, le New Statesman, en répondant à la question qui lui avait été posée en ces termes :

« L’économiste anglais Peter Thomas Bauer, spécialiste du développement, avait décrit l’aide comme étant un excellent moyen de transférer l’argent des pauvres dans les pays riches vers les riches dans les pays pauvres. Est-ce vrai ? »

« Non », avait rétorqué Helen. « Je ne pense pas que cela soit vrai, parce que notre action est axée sur le changement systémique à travers une démarche qui met fortement l’accent sur l’égalité ».

Le « changement systémique » est en effet le maître mot de la nouvelle économie.

J’ai eu le privilège de lire et d’étudier les quelque 870 discours et déclarations de Helen depuis son accession à la tête du PNUD. Une moyenne phénoménale de 2 à 3 discours par semaine ! Pendant huit ans de suite !

  • Le « changement systémique résolument axé sur l’égalité » a été au cœur de son discours sur le développement.
  • Le « changement systémique résolument axé sur l’égalité » a été le leitmotiv des 7 éditions annuelles du Rapport mondial sur le développement humain publiés durant ses mandats et qu’elle aura marquées de son empreinte intellectuelle.
  • Le « changement systémique résolument axé sur l’égalité » a été la matrice même de notre Plan stratégique.

Je voudrais saluer aujourd’hui cet apport intellectuel riche et essentiel au corpus des connaissances en économie du développement. Il y a une génération, le PNUD avait été un précurseur dans l’élaboration d’un nouveau paradigme du développement, celui du « développement humain ». Une génération plus tard, nous pouvons affirmer que le PNUD est un laboratoire pour la « Nouvelle pensée économique ». Helen a été le maître d’œuvre du « mouvement de la nouvelle économie » qui prévaut actuellement. Et c’est pour cette raison que nous voulions lui rendre hommage.