Déclaration de Abdoulaye Mar Dieye lors de la Retraite du Conseil des ministres de la République de Gambie sur le renforcement des capacités de leadership collectif

5 mai 2017

Retraite du Conseil des ministres de la République de Gambie sur le renforcement des capacités de leadership collectif

Déclaration de M. Abdoulaye Mar DIEYE

Directeur du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique

Banjul, Gambie, 5 mai 2017

 

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

C’est à la fois un grand plaisir et un honneur pour moi de participer, au nom du PNUD, à ce séminaire gouvernemental de haut niveau sur le leadership collectif.

La Gambie est entrée dans une phase de renaissance. Le traumatisme a été profond car il aura duré 23 ans, presque le temps d’une génération. Il faudra des efforts soutenus et un leadership collectif pour édifier une nouvelle nation, transformée par l’élan vital qui a émané, il y a quelques mois, de ce que l’histoire appellera probablement un jour la révolution du peuple en éveil pour la liberté.

Thomas Jefferson avait eu raison d’affirmer que « la volonté du peuple est le seul fondement légitime de tout gouvernement, et la protection de sa libre expression doit être notre premier objectif ».

Les Gambiens ont démontré avec éloquence qu’un peuple uni ne saurait être vaincu. Ils sont parvenus à ériger en pierres dorées leur panthéon de liberté, bâtissant ainsi un pont vers l’avenir.

Ce séminaire est une étape majeure sur la voie vers la « protection de la libre expression du peuple », qui apporte une pierre essentielle à « la construction d’un leadership collectif », capable de répondre au « nouveau contrat social » et aux besoins de la « nouvelle nation » que les Gambiens veulent construire.

Nous devons également saluer le rôle des dirigeants africains qui ont soutenu la victoire de la démocratie et l’inviolabilité de l’État de droit en Gambie.

Nous sommes dans une période de transition. Nous aspirons à un avenir plus prospère, plus pacifique et plus sûr. Une transition est un parcours long et difficile, jalonné de risques et d’incertitudes.

Si l’expérience de la Gambie a été consignée comme une œuvre magistrale dans l’apprentissage de la diplomatie préventive, elle revêt à présent à nos yeux une valeur de test, qui nous incite à agir promptement pour établir une paix durable. Nous devons nous armer pour faire face aux incertitudes potentielles du futur, en vue de débloquer le développement potentiel de ce pays.

Pour ce faire, nous devons aborder collectivement trois impératifs stratégiques pressants :

  1.    L’impératif de reconstruire et, dans certains cas, de revisiter les institutions étatiques, notamment le parlement, l’administration publique, le système  judiciaire et l’appareil de sécurité.
  2.    L’impératif de relancer rapidement l’économie et de l’établir, de manière structurelle, sur une trajectoire de développement durable.
  3.   L’impératif de réparer un contrat social soumis à de fortes contraintes.

Mais tout cela nécessite un appel à l’action dans trois domaines clés :

  1.    Il est indispensable de reconstruire rapidement la marge de manœuvre budgétaire du pays afin de renforcer le leadership du gouvernement dans la conduite des réformes nécessaires et urgentes. La marge de manœuvre budgétaire est à présent très étroite. Aujourd’hui, la dette publique brute est d’environ 120 % du PIB, bien au-dessus de la limite supérieure recommandée par le FMI, établie à de 70 % selon les règles prudentielles. Déjà en 2016, il était prévu que les versements d’intérêts augmentent à hauteur de 50 % des recettes publiques. Dans le même temps, les réserves de change sont tombées à un niveau faible et précaire à peine suffisant pour couvrir 3 semaines d’importations, bien en deçà des réserves prudentielles recommandées de 3 mois d’importations. Par conséquent, il est essentiel que les partenaires fournissent un soutien budgétaire accéléré à la Gambie.
  2.   Les flux financiers internationaux, publics et privés, doivent reprendre en Gambie. Ce serait un acompte collectif versé au titre de notre participation à la marche du peuple gambien vers la réalisation de ses espérances et ses aspirations légitimes, et la renaissance de la démocratie et de la primauté du droit en Gambie. J’aimerais saluer la détermination avec laquelle le gouvernement s’emploie à organiser une conférence des donateurs, à rechercher et à examiner des sources de financement viables pour mettre en place un plan de relance et de développement économique à moyen terme, axé sur la diversification économique, l’emploi des jeunes, l’autonomisation des femmes et l’intégration régionale.
  3.    La reconstruction du contrat social peut nécessiter non seulement de s’engager dans une démarche de vérité et de réconciliation que nous appelons de nos vœux et de restaurer la confiance du peuple envers le gouvernement mais aussi et surtout de concevoir et de mettre en œuvre collectivement une vision nationale partagée à long terme, qui permettra de saisir l’esprit de « ce que le peuple de la nouvelle Gambie veut ».

Le leadership collectif sera le moteur d’un tel programme. Mais le leadership collectif est un processus partagé, qui vise non seulement à concevoir des objectifs stratégiques communément convenus, mais aussi à impliquer toutes les parties prenantes dans la réalisation de ces objectifs.

Par conséquent, il faudra également que les dirigeants, les partenariats, les alliances intersectorielles, le secteur privé, les organisations à base communautaire, les mouvements populaires et les mouvements de citoyens tirent parti, de manière synergique, de la puissance de leurs réseaux interdépendants pour générer des gains exponentiels au bénéfice de la reconstruction de la nation.

C’est précisément la philosophie qui sous-tend ce séminaire.

Le PNUD et le système des Nations Unies dans son ensemble se tiendront aux côtés de la Gambie tout au long de son cheminement.

Je vous remercie pour votre attention.