Les pays africains ont pris des mesures importantes pour contrer les impacts sanitaires, sociaux, financiers et économiques de la pandémie depuis qu’ils ont enregistré leurs premiers cas de COVID-19 en février 2020. À ce jour, le continent, où vit 17 % de la population mondiale, ne représente que 3,3 % des cas de COVID-19 enregistrés et 4 % des décès.

Toutefois, la région ne s’en sort pas aussi bien, relativement parlant, en ter,s de conséquences économiques. En effet, pour se remettre de la réduction des échanges commerciaux, du ralentissement de l’activité économique, de la fuite des capitaux et de l’épuisement des réserves, il faudra beaucoup plus que ce que la plupart des pays africains peuvent se permettre. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime que le continent aura besoin de 200 milliards de dollars pour faire face aux conséquences financières et socio-économiques de la pandémie mondiale. En outre, les coûts devraient s’étaler sur plusieurs décennies, selon une étude récente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) portant sur les effets à long terme de la pandémie sur les économies africaines.

En temps normal, les pays africains trouveraient les fonds nécessaires pour relancer leur économie en recourant à des financements concessionnels, à des emprunts commerciaux ou à une mobilisation accrue des ressources nationales. Dans le contexte de la pandémie mondiale, cependant, ces options sont soit indisponibles, soit inadéquates. L’Afrique continue d’éprouver des difficultés à accéder aux montants requis de financement concessionnel pour trois raisons. Premièrement, les donateurs traditionnels sont eux-mêmes ébranlés par la pandémie et sont donc peu enclins à engager ou à débourser des ressources supplémentaires : ainsi, l’aide bilatérale a chuté de 19 % en 2020. Deuxièmement, la COVID-19 a fait retomber des millions de familles de la classe moyenne dans l’extrême pauvreté, créant une nouvelle catégorie de citoyens que l’on a surnommée les « nouveaux pauvres ». Cette tendance va intensifier la concurrence pour l’obtention d’une aide au développement difficile à trouver et limitée. Troisièmement, 54 % des pays africains sont classés dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire et, à ce titre, ils n’auront pas accès aux financements concessionnels. De plus, les prêts sont malvenus, puisque la pandémie a aggravé la vulnérabilité préexistante de l’Afrique en matière de dette extérieure. La contraction de l’économie, le recul du développement, l’augmentation des taux de chômage et la pauvreté croissante rendent plus difficile la mobilisation de ressources intérieures supplémentaires sans compromettre la vie des personnes et leurs moyens de subsistance.

La COVID-19 a annulé des décennies de progrès constants en matière de développement en Afrique. Sans une aide financière supplémentaire et urgente, les pays africains courent le risque de ne pas se remettre sur la voie qui leur permettra d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD). Une étude menée par RAND estime que l’incapacité à contenir la pandémie dans les régions en développement comme l’Afrique pourrait coûter 153 milliards de dollars par an à l’économie mondiale, les États-Unis (16 milliards), l’Union européenne (40milliards) et la Chine (14 milliards) étant les plus touchés.  La lutte contre la pandémie en Afrique est donc un impératif mondial. La nature mondialisée de la pandémie en cours et le besoin urgent de relancer les économies et d’éviter des souffrances inutiles exigent une réponse collective mondiale.

Les ministres des Finances du G7 se sont réunis le 19 mars et ont convenu de soutenir une augmentation « importante » des droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international afin de fournir des ressources supplémentaires permettant de lutter contre la pandémie. Les DTS représentent un panier de cinq monnaies - le dollar américain, l’euro, le renminbi chinois, le yen japonais et la livre sterling - utilisées par les pays membres du FMI pour compléter leurs réserves officielles et augmenter les liquidités mondiales. Bien que les mérites et les démérites de l’utilisation des DTS pour répondre aux problèmes de liquidités liés à la COVID-19 ont fait l’objet d’un vif débat scientifique et politique, il est très clair que les DTS constituent le moyen le plus efficace de fournir les ressources supplémentaires dont les pays africains ont si désespérément besoin. Une allocation accrue de DTS pourrait avoir un profond effet financier et psychologique sur l’ensemble des pays du continent africain.  En plus d’une augmentation des réserves, elle renforcera également la confiance des producteurs et des investisseurs, tout en revitalisant la croissance économique. Cette augmentation, qui devrait s’élever à 500 milliards de dollars, permettra d’accroître les allocations pour tous les pays en fonction de leur quote-part au FMI.

Collectivement, cependant, les pays africains recevront 32,2 milliards de dollars, soit 6,4 % de l’allocation proposée - un montant nettement insuffisant. Par conséquent, nombreux sont ceux qui demandent aux pays les plus riches de mettre leur part des allocations à la disposition des pays à faible revenu. Si seuls les pays du G-7 participent, nous estimons que la part de l’Afrique passerait à plus de 160 milliards de dollars (comme le montre le tableau 1).

 

Tableau 1. Redistribution illustrée des allocations de DTS du G-7 aux pays à faible revenu

Table 1. Illustrated redistribution of G-7 SDR allocations to low-income countries

Sources : Allocations de quotas de DTS du FMI ; calculs de l’auteur

 

Si les allocations accrues sont distribuées aux pays africains en fonction de la taille des quotes-parts de DTS, les pays africains à revenu intermédiaire recevront 81 % des nouvelles allocations (tableau 1). Un tel résultat sera une aubaine pour les pays qui gravissent les échelons de l’échelle du développement, mais qui ont de plus en plus de mal à accéder à des financements concessionnels. Le tableau est légèrement différent si l’on considère les nouvelles allocations en proportion du PIB : sept des dix premiers bénéficiaires seront alors des pays à faible revenu, ce qui confirme l’importance de l’impact de ces allocations, même dans les petites économies africaines. En outre, comme illustré ci-dessous, les pays africains surendettés et ceux qui progressent le plus en matière d’indicateurs de développement humain figureront parmi les principaux bénéficiaires.

Figure 1. Bénéficiaires africains des DTS alloués et redistribués

 

Figure 1. African beneficiaries of allocated and redistributed SDRs

 

Sources : Indicateurs du développement mondial, Banque mondiale ; allocations de DTS du FMI ; calculs propres.

 

Figure 2: Indice de développement humain et allocations de DTS

Figure 2. Human Development Index and SDR allocations

Sources : Indice de développement humain, PNUD ; allocations de DTS du FMI ; calculs propres.

 

L’utilisation des DTS pour augmenter les réserves des pays africains n’est pas seulement une question financière ou macroéconomique : il s’agit fondamentalement de donner aux pays africains un coup de pouce pour un développement économique rapide, équitable et durable. Nous devons regarder au-delà des liquidités pour voir comment résoudre les problèmes de financement du développement omniprésents et persistants qui affligent le continent depuis des décennies. Il ne fait aucun doute que l’augmentation des réserves offrira aux pays africains un répit fiscal dont ils ont grand besoin.  Elle permettra également aux gouvernements africains de consacrer davantage d’attention aux investissements sociaux essentiels dans la santé, l’éducation et les moyens de subsistance résilients. Les pays pourront également se concentrer sur la création d’emplois et la réingénierie des chaînes de valeur, ce qui donnera à des millions d’Africains la possibilité de sortir de la pauvreté grâce à des entreprises individuelles et à l’adoption de technologies transformatrices.

Les pays africains ont démontré par le passé leur capacité à réorienter leurs gains exceptionnels vers des investissements sociaux. Dans le cadre de l’initiative d’allégement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) qui s’est produite à la fin des années 1990 et au début des années 2000, de nombreux gouvernements africains ont considérablement augmenté les dépenses sociales et en faveur des pauvres. L’expansion des DTS qui est actuellement proposée pourrait avoir un effet salutaire similaire sur l’Afrique, les pays favorisant la transformation économique par le biais d’investissements stratégiques.  Toutefois, pour réussir, une attention particulière doit être accordée à la question épineuse, mais essentielle, de la gouvernance, tant régionale que mondiale.  À l’échelle mondiale, des mesures doivent être prises pour s’assurer que ces gains exceptionnels ne soient pas consacrés au service de la dette extérieure. L’Initiative de suspension du service de la dette (DSSI) et d’autres initiatives d’allègement de la dette liées à la pandémie doivent être élargies et étendues. En outre, des mécanismes doivent être mis en place pour empêcher les stratagèmes opportunistes qui abusent des marchés financiers et des tribunaux internationaux pour priver les pays africains du plein bénéfice des initiatives proposées.  Il convient de noter qu’après avoir bénéficié d’un allègement de la dette au début des années 2000, un certain nombre de « fonds vautours » ont acheté l’encours de la dette africaine pour une fraction de sa valeur et ont ensuite poursuivi avec succès les gouvernements africains pour la totalité de cette valeur.  Il ne faut pas que cela se reproduise.

La proposition de DTS reconnaît l’ampleur et l’urgence des défis de développement auxquels les pays africains sont confrontés. En allant au-delà du G-7 pour inclure d’autres partenaires de développement comme la Chine, l’Arabie saoudite et la Corée du Sud, les pays africains disposeront de ressources nettement plus importantes pour s’attaquer aux effets pernicieux de la COVID-19 et pour mieux construire l’avenir. Poser les bases d’une Afrique plus résiliente et moins dépendante est bon pour l’économie mondiale et de bon augure pour la stabilité et la durabilité. Invariablement, cela pourrait aider les pays africains à prendre les mesures nécessaires pour se remettre sur la voie de la réalisation des ODD.

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