Les femmes sont les plus touchées par la fermeture des crèches institutionnelles, des écoles et des frontières, et les gagne-pains des petites entrepreneures et commerçantes sont en jeu. Photo: PNUD Chad, /Aurélia Rusek


J'ai toujours été optimiste, mais cela m’est difficile quand je considère la propagation du COVID-19 sur le continent de ma naissance. L'Afrique sera sans aucun doute plus durement touchée que partout ailleurs sur Terre, avec des impacts durables et catastrophiques. À ce stade, seuls quelques pays africains n'ont pas signalé de cas. La trajectoire probable de la pandémie est effrayante.

COVID-19 impacte déjà fortement les économies. Le commerce, la bouée de sauvetage de l’Afrique, s’est fortement contracté, et les exportateurs de pétrole risquent de perdre jusqu’à 100 milliards de dollars américains rien qu’en 2020 ( Commission économique pour l’Afrique - CEA ). Les bénéfices projetés des investissements étrangers directs ont été révisés à la baisse, avec une contraction de 15 % prévue dans le monde ( Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement - CNUCED, en anglais ). Le PIB de l’Afrique passera de 3,2% à environ 2% ( CEA ). Une nouvelle crise de la dette est à craindre, pendant que le continent cherche désespérément des ressources pour faire face à la situation. Les envois de fonds de la diaspora africaine s'effondrent, tandis que la pandémie force les économies plus développées à s'arrêter.

Ces macro-projections désastreuses pâlissent par rapport à la souffrance humaine vécue actuellement par les ménages et les individus à travers l'Afrique. Les femmes sont les plus touchées par la fermeture des crèches institutionnelles, des écoles et des frontières, et les gagne-pains des petites entrepreneurs et commerçants sont en jeu. Les lieux de culte ont fermé, augmentant l'anxiété et l'inconfort psychosocial. L'Afrique se met rapidement au diapason du confinement global, mais sans les infrastructures et les ressources pour amortir le choc, même de façon minime.

La pandémie de COVID-19 en Afrique m'inquiète profondément pour deux raisons majeures. Premièrement, son point de déclenchement, le secteur de la santé, est extraordinairement faible. Et deuxièmement, sans mesures drastiques, les voies de transmission multidimensionnelles du virus inverseront des décennies de progrès de développement, renforçant la pauvreté extrême et provoquant une misère indescriptible.

Source: Africa Centre for Disease Control.

La pandémie intervient dans au moins quatre contextes nationaux : les pays qui n'ont encore enregistré aucun cas ; ceux qui mettront l'accent sur l'atténuation et limiteront la propagation ; ceux qui ne pourront pas contenir le virus ; et ceux déjà fragilisés ou déchirés par les conflits ou COVID-19 deviendra une catastrophe cyclique de plus.

 

Comment l'Afrique peut-elle mieux se préparer, répondre et se relever

COVID-19 assaille certains des systèmes de santé les moins à même de faire face à une pandémie. Les problèmes observés dans certains des pays les plus avancés, eux-mêmes dépassés, mettent en évidence l'ampleur du défi pour l'Afrique en matière d’unités de soins intensifs, de kits de test, de disponibilité de lits d'hôpital, d’équipements de protection individuelle tels que des masques, des gants et des désinfectants ou encore de soins intensifs tels que les ventilateurs.

La faible capacité de production de l’Afrique signifie que ces produits doivent provenir de l’extérieur. Et c’est là que les choses se compliquent.

Les centres logistiques mondiaux ont fermé leurs portes ou le feront bientôt. Les chaînes d'approvisionnement sont interrompues en raison des fermetures d'usines ou d'interdictions d'exporter imposées par des pays disposant de grandes capacités et de stocks, dont aucun n’est en Afrique. Au cas où ces fournitures seraient disponibles, la question se pose de savoir si les pays africains ont la capacité de les faire fonctionner, avec un déficit d'agents de santé travaillant maintenant à l'intérieur de leurs frontières.

Les mesures de prévention et d'atténuation, telles que le lavage des mains et la distanciation sociale, doivent être priorisées pour empêcher le nombre d'infections d'augmenter. Mais l'efficacité de certaines mesures d'atténuation sera freinée par certaines pratiques sociales, culturelles et religieuses en Afrique. L'épidémie d'Ebola nous a appris que les pratiques culturelles peuvent accélérer la propagation communautaire. Elle nous a également appris que l'adaptation de ces mêmes pratiques peut jouer un rôle essentiel dans la réduction des infections.

Ebola a forcé les pays touchés à trouver des moyens innovants d'isoler les gens, de soigner les malades et d'enterrer leurs proches. Ces progrès sont le résultat de deux ingrédients essentiels : l'écoute et la confiance. COVID-19 offre une autre occasion de renouveler le contrat social entre l'État et la société, afin que l'éloignement social, qui existe désormais par décret dans plusieurs pays, puisse être à nouveau adopté pour sa promesse de survie.

Nous devons communiquer largement, notamment par le biais de technologies numériques innovantes - en tirant parti du grand nombre d'Africains équipés de téléphones mobiles - pour faire passer le message. Une initiative récente du PNUD, de l'UNICEF, de l'OMS et de WhatsApp a créé un pôle d’information WhatsApp sur le coronavirus qui diffuse des informations récentes et vérifiées aux agents de santé, aux éducateurs, aux organisations à but non lucratif, aux gouvernements locaux, aux entreprises locales, aux communautés et à leurs dirigeants.

Aider les communautés à accéder aux ressources de base telles que le savon et l'eau devrait être au cœur de notre réponse. Mais certaines communautés, si elles ont accès à de l'eau potable, préfèrent la boire. La pandémie doit nous inciter à accélérer nos efforts pour remédier à ce manque.

Des établissements correctionnels encombrés pourraient également devenir des points chauds pour la transmission du virus. Les gouvernements devront aborder cette question dans le cadre des droits de l'homme, en garantissant aux détenus une protection adéquate. Le sort de plus de 10 millions de personnes vulnérables déplacées à l'intérieur de l'Afrique est aussi particulièrement inquiétant. Il faut trouver des solutions pour les protéger.

 

Source: Banque Mondiale (en anglais, PDF)


Combattre le COVID-19 sous tous ses aspects

Au milieu des craintes croissantes d'une récession mondiale, les plus vulnérables s'inquiètent de trouver de la nourriture, un abri ou un gagne-pain. Nombreux sont ceux qui vivent d’un salaire journalier informel. Les divers plans de sauvetage proposés par les économies avancées pour leurs entreprises et leurs citoyens seraient extrêmement difficiles à mettre en place dans un contexte africain, ou la plupart des nations n’ont pas encore de mesures de protection sociale. Nous devons trouver un moyen de créer des filets de sécurité sociale en Afrique - afin de préserver les moyens de subsistance, les personnes et la planète que nous partageons.

Une des principales implications du confinement est la non-continuité des services publics essentiels. Plusieurs décrets demandent à tous de rester à la maison et, si possible, d'y travailler. Cela présuppose une certaine capacité numérique - existante, grâce à la pénétration croissante d'Internet en Afrique,  mais pas à l'échelle requise pour garder les gouvernements en fonction. Les déficits systémiques de puissance / énergie limitent encore la viabilité des activités par des moyens numériques. De plus, tous les services publics clés ne sont pas encore numérisés.

Pour maintenir les services essentiels ouverts, il faudra soutenir les gouvernements en investissant rapidement dans les capacités de travail à distance, en particulier dans les systèmes de services sociaux, afin de garantir que cette crise ne provoque pas de troubles sociaux et civils.
 

Le financement et les partenariats sont essentiels

Les gouvernements africains ont besoin de financement pour mieux se préparer, répondre et se remettre de COVID-19.

Au PNUD, où je suis administratrice adjointe et Directrice du Bureau régional pour l'Afrique, nous travaillerons avec le système des Nations Unies, le secteur privé et d'autres partenaires pour aider les gouvernements et les communautés africaines à se procurer des équipements essentiels - y compris des équipements de protection, des ventilateurs, et des kits de test - tout en favorisant les mesures d'atténuation et la continuité des fonctions essentielles du gouvernement et en renforçant rapidement les capacités au niveau des pays.

À mesure que les ressources financières deviennent disponibles, nous devons veiller à ce qu'elles ne créent pas de fardeau supplémentaire sur un continent récemment évalué comme au bord d'une crise de la dette. Personne ne devrait profiter d'une crise de cette nature.

Les entreprises africaines peuvent jouer un rôle clé en apportant des fournitures essentielles aux ménages et aux gouvernements. Il est maintenant temps de se manifester - non pas pour le profit, mais pour les concitoyens - par l'innovation et la philanthropie. Les récits d’innovateurs sénégalais qui se sont associés pour développer des kits de test fournissant des résultats en 10 minutes témoignent du potentiel de l’Afrique. Les innovateurs africains peuvent et doivent montrer la voie. Les philanthropes africains devraient placer leur argent là où se trouvent leurs marchés en soutenant les efforts de réponse et de relance.

Il est temps que l'Afrique augmente en priorité sa production de médicaments essentiels et d'équipements médicaux. Cette campagne d'approvisionnement sans précédent confirme la disponibilité du marché.

L'Afrique devrait investir dans la durabilité en accélérant la mise en œuvre du schéma directeur de l'Union africaine (UA) pour le développement industriel accéléré de l'Afrique (AIDA) et des traités tels que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAA). Prioriser les lignes tarifaires essentielles à la fourniture d’un traitement pour le COVID-19 est une cible facile pour  les membres de l'UA alors que la date de debut des echanges, le 1er juillet, approche.

Je salue le travail accompli par le Centre de l'UA pour le contrôle des maladies (AU-CDC) dans le déploiement de sa stratégie COVID-19. Cet effort doit être pleinement soutenu par tous les partenaires, y compris le G-20. Le PNUD se réjouit de travailler avec l'UA-CDC pour soutenir sa mise en œuvre.

L'administrateur du PNUD, Achim Steiner, a clairement indiqué que les ressources de notre agence sont entièrement consacrées à la lutte contre le COVID-19, et nous travaillons en étroite collaboration avec les gouvernements, les communautés et les institutions régionales pour réagir de manière à renforcer les systèmes de santé, à renforcer les économies et à garantir les moyens de subsistance. L’appel urgent du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, à un cessez-le-feu mondial est particulièrement pertinent pour l’Afrique. Il est essentiel non seulement de freiner mais d’aplatir la courbe de transmission du virus partout.

Aucun de nous ne sera en sécurité tant que nous ne serons pas tous en sécurité et que personne ne sera laissé de côté.  C’est déjà l’une des principales leçons de la pandémie de COVID-19. Et si les défis à venir sont inédits, nous devons tous garder espoir avec les mots de Nelson Mandela : « Cela semble toujours impossible tant que ce n'est pas fait. »

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