Terres agricoles au pied de la chaîne de Moka. PHOTO @PNUD Maurice/Stéphane Bellerose


La pandémie de COVID-19 a mis en lumière la vulnérabilité des îles Maurice et Rodrigues en matière de sécurité alimentaire. La population a promptement réagi à la situation par un regain d’intérêt pour le jardinage. L’occasion est belle, pour Maurice et Rodrigues, de poursuivre sur la voie des objectifs de neutralité en matière de dégradation des terres prescrits par la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification).

Les îles abritaient autrefois une riche biodiversité endémique, comprenant des forêts tropicales luxuriantes et des savanes de palmiers ou encore des mammifères comme les chauves-souris fruitières ; des oiseaux comme le Pigeon rose, la Crécerelle et le tristement célèbre Dodo ; des reptiles comme les tortues géantes et les geckos ; et des plantes comme le Pandanus, l’Ébène ou la Trochetia Boutoniana. L’aspect paradisiaque des deux iles commença à se dégrader avec l’arrivée des premiers colons au XVIIe siècle. Depuis lors, les deux îles ont subi des changements drastiques et rapides en matière d’utilisation des terres. Selon le Service des bois et forêts de la République de l’ile Maurice, il ne restait plus que 2% des forêts primaires sur le territoire mauricien en 2014.

La déforestation et l’évolution de l’utilisation des terres sont principalement liées à l’activité économique. Pendant la période coloniale, les forêts ont été rasées pour l’exploitation du bois d’ébène, et pour la culture et l’exploitation de la canne à sucre. Plus récemment, l’urbanisation rapide, conjuguée à des pratiques agricoles non-durables et au changement climatique, exerce une pression supplémentaire sur les terres, entrainant la dégradation des sols.

La dégradation des terres est principalement causée par l’urbanisation et des pratiques foncières non-durables. Photo : @PNUD Maurice / Stéphane Bellerose


Une voie vers le rétablissement

Parmi les visées de l’Objectif de développement durable 15 (Vie terrestre), adopté en septembre 2015, on retrouve : la lutte contre la désertification ; la restauration des terres et des sols dégradés - incluant les terres touchées par la désertification, les sécheresses et les inondations - ; et la réalisation des objectifs de neutralité en matière de dégradation des terres d’ici 2030.

Maurice a ratifié la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification le 23 janvier 1996. Cette convention lie légalement l’environnement et le développement à la gestion durable des terres. Les pays signataires de la Convention travaillent ensemble pour améliorer les conditions de vie des habitants des zones sèches, maintenir et restaurer la productivité des terres et des sols et atténuer les effets de la sécheresse.

En outre, l’ébauche du rapport 2018 sur les objectifs de neutralité en matière de dégradation des sols (PDF, anglais) a identifié de nombreux problèmes majeurs associés à la dégradation des terres, notamment les zones sujettes aux glissements de terrain, l’érosion et l’inondation côtières, l’empiètement des réserves des montagnes et des rivières, les pâturages ouverts, la conversion des terres agricoles, et l’extension du réseau routier.

A Rodrigues, la réticence de la jeune génération à se lancer dans l'agriculture a conduit à l'abandon des terres agricoles, exacerbant la dégradation des terres. Outre la perte de biodiversité terrestre, l'impact économique de la dégradation des terres peut être ressenti dans plusieurs secteurs au-delà de l'agriculture. Par exemple, la dégradation des terres augmente la fréquence de l'érosion des sols qui, à son tour, entraîne une augmentation de la sédimentation et de l'envasement des plages et des lagunes avec un impact négatif sur l'industrie touristique.

 

Aerial view of the Nature Reserve of Grande Montagne in Rodrigues. PHOTO@UNDP


Trouver le juste équilibre

À ce jour, aucune étude socio-économique exhaustive n’a été réalisée pour évaluer les impacts de la dégradation des sols à Maurice et à Rodrigues. Les dispositions de la CNUDD offrent une voie de rétablissement. La neutralité en matière de dégradation des terres est définie comme « l’État dans lequel la quantité et la qualité des ressources foncières, nécessaires pour soutenir les fonctions et les services écosystémiques et améliorer la sécurité alimentaire, demeurent stables ou augmentent à l’intérieur d’échelles temporelles et spatiales et d’écosystèmes spécifiés ».

Pour parvenir à un tel équilibre, il est essentiel d’adopter les technologies de gestion durable des terres et de mettre en œuvre les techniques agricoles adaptées au climat. Cela peut impliquer de simples mesures telles que le remplacement des clôtures rouillées et l’introduction de méthodes de coupe et de transport pour recueillir le fourrage pour le bétail, ou des approches plus laborieuses telles que le reboisement des réserves fluviales avec des espèces endémiques ou l’élimination continue des espèces exotiques envahissantes.

Le projet FEM 6, récemment approuvé sur l’intégration de la gestion durable des terres et de la conservation de la biodiversité, devrait pallier l’absence d’une étude socio-économique sur les impacts de la dégradation des terres à Maurice et à Rodrigues. Le projet mettra également à l’essai des technologies de GDT pour améliorer la productivité des sols, ce qui aidera le pays à améliorer son autosuffisance alimentaire et a mieux répondre à la COVID-19.

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