La pandémie et son boulversement de l'économie africaine est l'opportunité pour le reste du monde d'investir dans les secteurs productifs du continent et de participer à sa transformation structurelle. Photo : PNUD Bénin


Avant que 2020 ne devienne une année digne d’un film, 2019 avait dejà été marqué d’évènements hauts en couleurs. La zone de libre-échange continentale de l’Afrique, la ZLECA, avait notamment pris vie lors d'une cérémonie réunissant les chefs d’État africains à Niamey, au Niger. Nous nous étions habitués aux prévisions comme quoi le commerce intra-africain – d’environ 18% aujourd’hui – doublerait d'ici 2040. Nous savions aussi que ces projections étaient un euphémisme tant elles se penchaient uniquement sur le commerce formel des marchandises dans un marché pourtant connu pour l’importance de son secteur informel et de son commerce dynamique mais non-enregistré aux zones frontalières.

Il fallait donc concrétiser cette promesse. Au PNUD, en misant sur des environnements favorables et de meilleures capacités de production pour les femmes et les jeunes, nous partagions la foi en ce mécanisme d’intensification du commerce intra-africain qui parachèverait la promesse d’intégration du continent.

L’arrivée de COVID-19 a mis un coup de frein, non à la promesse, mais à la mise en route de la ZLECA. Nous connaissions tous la place de l’Afrique dans la chaîne logistique mondiale, mais nous n’étions pas prêts à ce qu’elle soit ainsi brutalement mise en évidence. Avec la demande mondiale en pause, des économies ont fermés leurs portes, menaçant les exportations essentielles de l’Afrique, alors que le continent ne produisait pas même ses propres équipements médicaux. La pandémie a ainsi mis à nu ce que les données des termes des échanges ont toujours illustré : le rôle de consommateur de l'Afrique sur le marché mondial.  

Que ce soit à travers la pénurie actuelle d’aliments ou d’équipements de protection individuelle ou encore au vu des difficultés des industries africaines dépendante des importations de biens pour leur production, le bouleversement majeur des chaînes d’approvisionnement mondiales a révélé le problème systémique du continent : des chaînes de valeur structurées autour de l’extraction au lieu d'une industrialisation diversifiée. Le besoin de transformation structurelle en Afrique est maintenant urgent.

Il ne s’agit pas seulement ici d’orthodoxie économique, il est question de créer et de maintenir des emplois en Afrique. Il s’agit de mobiliser les ressources du continent (qui sont la base de bon nombre des industries les plus prospères du monde) pour sa propre croissance, de créer des emplois et de promouvoir une croissance inclusive.

Aucun pays n’est sorti du piège de la pauvreté sans créer des emplois dans les secteurs productifs.  Ceux de l’Afrique, l’agriculture, l’industrie et l’économie numérique, doivent être soutenus pour créer des biens et des services destinés à la fois à la consommation intérieure et aux marchés mondiaux.

 

Qu'est-ce qui a changé ?

De la production de masques d’hygiène dans chaque pays, à la fabrication de ventilateurs au Kenya, de kits de test au Sénégal et en Côte d'Ivoire, aux robots aide-soignants du Rwanda : si la COVID-19 a dévoilé les fragilités de l’Afrique, elle a aussi catalysé son ingéniosité.

La force d'un état d'esprit peut changer la réalité des choses, et cette pandémie nous fait goûter à cette réalité selon laquelle l'ingéniosité est distribuée de manière égale. Il y a une lueur d’espoir dans le ciel orageux de la COVID-19 : l’Afrique peut s’industrialiser.

Pour le professionnel du développement, le défi est de savoir comment entretenir cette tendance afin de s’assurer qu’il ne s’agit pas là seulement d’une phase passagère. L'objectif doit être de soutenir la mise à l'échelle de ce qui n'est jusque là qu'un concept éprouvé. Cela peut être fait grâce à des investissements dans l'assurance qualité afin que les normes techniques et de sécurité soient respectées pour protéger les consommateurs chez eux et sur les marchés d'exportation. Il faut aussi dialoguer avec les innovateurs pour en déduire comment leur permettre d’avancer et de concrétiser leurs projets. Il s’agit également d'investir dans l'agriculture et de revoir les modèles qui comprennent et s'appuient sur les modèles de production existants afin d’assurer d’une suffisance alimentaire à travers l'Afrique.

Enfin, la pandémie est aussi l’opportunité pour le reste du monde d’investir dans ces secteurs productifs de l'Afrique et de participer à sa transformation structurelle.

Avec résilience, l’Afrique a dû innover et produire pour pallier la rupture des chaînes d’approvisionnement mondiale. Nous devons nous pencher sur ces réalités, les reconnaître et les stimuler avec l’appui de nos programmes, en veillant à ce qu’elles fassent partie du développement de l’Afrique 2.0. Dans ce contexte, la ZLECA a la capacité d’accompagner cette tendance en relançant le commerce intercontinental.

 

Cet éditorial a été initialement publié, en anglais, sur IPSNews

 

 

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