Miriam, une réfugiée malienne, participe aux activités de jardinage dans le Saramassa près de la ville de Bassikounou en Mauritanie. @UNHCR

 

New York, États-Unis – Les pays africains ont fait des progrès considérables en matière de développement humain, en particulier dans les domaines de l’enseignement primaire et de la santé. Mais ces avancées s’accompagnent d’une nouvelle génération d’inégalités qui, si rien n’est fait, risquent de compromettre les progrès à venir et d’entraver le rattrapage de ceux qui sont déjà en retard.

Telle est la conclusion du Rapport sur le développement humain 2019 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), intitulé « Au-delà des revenus, des moyennes et du temps présent : les inégalités de développement humain au XXIe siècle ».

Ce Rapport sur le développement humain (RDH), qui présente une nouvelle façon de mesurer très précisément les avancées socioéconomiques des pays, révèle que, alors même que les disparités de niveau de vie de base s’estompent et qu’un nombre sans précédent de personnes échappent à la pauvreté, à la faim et aux maladies, les conditions nécessaires à l’épanouissement ont évolué. De nouvelles inégalités se creusent, en particulier au niveau de l’enseignement supérieur et des effets sismiques des technologies et de la crise du climat.

« Les inégalités ont un nouveau visage », annonce Achim Steiner, l’administrateur du PNUD. « Et, comme le démontre ce Rapport sur le développement humain, les inégalités ne sont pas sans solutions. »

Le rapport analyse les inégalités à travers trois dimensions – au-delà des revenus, des moyennes et du temps présent – et propose une panoplie d’options politiques pour lutter contre ce phénomène.

 

Des progrès impressionnants, des ODD hors d’atteinte

D’après l’indice de développement humain (IDH) qui accompagne le rapport, l’Afrique connaît l’une des améliorations les plus significatives en matière de développement humain. Entre 1990 et 2018, l’espérance de vie a augmenté de plus de 11 ans.

Pour la première fois cette année, un pays africain – les Seychelles – est passé dans le groupe des pays à développement humain très élevé. D’autres remontent également dans le classement. Quatre pays – l’Afrique du Sud, le Botswana, le Gabon et Maurice – font désormais partie du groupe des pays à développement humain élevé, et douze pays – l’Angola, Cabo Verde, le Cameroun, le Congo, Eswatini, le Ghana, la Guinée équatoriale, le Kenya, la Namibie, São Tomé-et-Príncipe, la Zambie et le Zimbabwe – sont dans le groupe des pays à développement humain moyen.

Le Botswana a également droit à la plus forte progression de la région dans le classement IDH entre 2013 et 2018, remontant de 11 places.

Pour autant, des défis importants persistent. Les pays africains se trouvent à la croisée des chemins, face au double défi consistant à faire en sorte que ceux qui sont le plus en retard progressent dans les domaines essentiels, tout en ouvrant la voie à ceux qui sont plus avancés pour suivre le rythme des nouvelles exigences du monde actuel.

« Ce qui était autrefois considéré comme un luxe, comme le fait d’aller à l’université ou d’avoir accès au haut débit, revêt une importance de plus en plus grande pour réussir, mais ceux qui n’ont qu’un niveau de vie de base voient disparaître les barreaux de l’échelle qui mène à leur avenir », explique Pedro Conceição, directeur de l’équipe RDH du PNUD.

Bien que le taux de pauvreté ait reculé sur l’ensemble du continent, les progrès restent inégaux. Si la tendance actuelle se maintient, le rapport prévoit que près de 9 personnes sur 10 en situation d’extrême pauvreté – soit plus de 300 millions – vivront en Afrique subsaharienne en 2030.

Par ailleurs, la plupart des pays qui ne sont pas sur la bonne voie pour atteindre les ODD en 2030 se trouvent en Afrique.

Dans le même temps, de nombreux pays africains affichent de faibles taux de participation à l’enseignement supérieur ainsi qu’un accès relativement limité au haut débit, freiné en partie par un niveau insuffisant de connaissances et de compétences numériques.

À l’inverse, la proportion d’adultes ayant fait des études supérieures augmente plus de six fois plus vite, et les abonnements au haut débit fixe plus de 15 fois plus vite, dans les pays à développement humain très élevé que dans les pays à développement humain faible.

« L’Afrique a vraiment de quoi être fière des progrès sans précédent enregistrés au cours des vingt dernières années, surtout au niveau des fondamentaux », se félicite Ahunna Eziakonwa, Administratrice assistante du PNUD et Directrice régionale pour l’Afrique. « Mais les règles du jeu sont en train de changer et nous devons nous assurer que les populations sont bien placées aujourd’hui pour avancer demain. »

 

Des inégalités changeantes

Les inégalités demeurent très élevées dans la plupart des pays africains. D’après l’IDH ajusté aux inégalités qui accompagne le rapport, le continent a subi la plus forte perte de valeur de développement humain attribuable aux inégalités au niveau régional. Comme dans d’autres régions, la répartition inégale de l’éducation, de la santé et du niveau de vie a entravé les progrès des pays au cours de la période considérée.

L’Afrique du Sud est confrontée à la plus forte inégalité de revenu au monde. Plus de la moitié des revenus du pays sont détenus par les 10 % les plus riches.

Dans le même temps, des contre-tendances encourageantes apparaissent. Le Burkina Faso a enregistré la plus forte baisse de l’inégalité de revenu dans la région, les 40 pour cent les plus pauvres ayant connu une croissance presque deux fois plus rapide que la moyenne. L’inégalité de revenu a également diminué en Eswatini, en Éthiopie, en Gambie, en Guinée, au Lesotho, au Mali et en Namibie.

 

Des défis persistent en matière de parité et de changement climatique

Bien que la parité ait progressé dans le champ de l’éducation, comme l’indique le rapport, les femmes et les filles africaines continuent de se heurter à des difficultés profondément ancrées qui s’opposent à leurs avancées en matière de développement humain.

Le continent présente la plus forte incidence mondiale de mariages précoces et d’accouchements d’adolescentes, avec 36 % de femmes mariées avant leur 18e anniversaire.

Selon le rapport, les normes sociales profondément enracinées qui produisent des résultats disparates pour les hommes et les femmes affectent souvent les gens avant même leur naissance. Par conséquent, les politiques de lutte contre les inégalités qui en résultent doivent aussi démarrer à la naissance, ou avant, notamment à travers des investissements dans l’apprentissage, la santé et la nutrition des jeunes enfants.

Le rapport souligne par ailleurs la manière dont les effets en cascade du changement climatique peuvent aggraver les inégalités. Le Mozambique, par exemple, continue de souffrir des ravages causés par plusieurs cyclones consécutifs - une première dans l’histoire - qui ont laissé près de 2 millions de personnes dans le besoin et déplacé des dizaines de milliers d’autres.

 

Au-delà des revenus, des moyennes et du temps présent

Le rapport recommande l’adoption de politiques qui dépassent la seule question des revenus et s’inscrivent dans des interventions qui démarrent avant la naissance et durent toute la vie. Ces investissements dans le capital humain doivent accompagner les personnes tout au long de leur vie, depuis les soins prénatals jusqu’à la retraite, en passant par l’éducation et le marché du travail.

Il soutient par ailleurs que la fiscalité doit faire partie d’un système plus large de politiques qui renforcent la gouvernance, améliorent la gestion des dépenses publiques et offrent des alternatives à un mode de vie à forte intensité de carbone.

Le RDH estime que les moyennes masquent la réalité. Si elles peuvent être utiles pour décrire la situation globale, on doit absolument disposer d’informations plus détaillées pour élaborer les politiques efficaces de lutte contre les inégalités.

En se projetant au-delà du temps présent, le rapport se demande comment les inégalités évolueront à l’avenir, notamment à travers le prisme du changement climatique et de la transformation technologique, deux facteurs qui façonneront les résultats du développement humain au cours du prochain siècle.

« Le monde change, et avec lui les inégalités importantes », déclare M. Conceição. « La bonne nouvelle, c’est qu’elles ne sont pas inéluctables. Toute société peut choisir le niveau et le type d’inégalités qu’elle est prête à tolérer ».

 

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